Nous, parents, forgeons l’avenir avec nos enfants

Ce matin, je n’ai pas d’inspiration pour créer, l’émotion prends le dessus et je trouve quelque peu malsain de faire quelque chose de « beau » avec quelque chose d’aussi effroyable.

J’ai quitté Paris il y a 4 ans quasiment jour pour jour et Paris me manque terriblement depuis. J’ai de la chance, mes amis parisiens sont tous sains et saufs, même ceux qui étaient au Bataclan. Mais ce matin, j’ai peur. Je suis mère, je m’inquiète. On a beau se dire qu’il ne faut pas arrêter de vivre, de rire, de sortir, mais quand on est mère, on a peur tous les jours pour son enfant et quand le mot « guerre » prend tout son sens, on a encore plus peur.

prayforparis

Son enfant. Nous forgeons l’avenir avec nos enfants.

Alors, notre rôle est de loin le plus important de la société, nous devons les éduquer dans l’amour, le respect, la tolérance, les aider à s’épanouir, les aider à se cultiver, les aider à comprendre le monde, les protéger, les aimer.

Une de mes anciennes voisines, mère algérienne d’un milieu très populaire de 7 enfants, qui a élevé seule ses enfants, m’a toujours dit « si un enfant finit mal, c’est de la faute des parents ». Ses enfants sont très biens, elle ne sait pas lire, mais elle les a élevé dans le respect et dans la religion. Ce discours, je l’ai aussi entendu de la mère (musulmane) d’un des militaires tués à Toulouse, au nom du même Dieu.

Et oui, je pense que nous, mères, avons un rôle et pas le moindre.

Nos enfants sont influençables, ils parlent à l’école, dans la rue, ils voient des choses aux informations, ils entendent des choses et parfois, réinterprétées. Ils sont fragiles. C’est à nous de les aider, de parler, de communiquer avec eux pour leur faire comprendre qu’ils se trompent, de leur inculquer le Bien et le Mal.

Loin de moi l’idée de stigmatiser les mères ou de leur mettre une pression de plus sur les épaules, car même en étant la meilleure mère du monde, parfois un enfant ne suivra pas le chemin du Bien pour d’autres raisons. Mais juste besoin d’écrire ce que je pense, de sortir cette douleur de mon cœur.

Aujourd’hui, vos enfants vont faire la minute de silence à l’école, il faut leur expliquer pourquoi, afin de ne pas les angoisser. Mais il faut éviter l’actualité en leur présence, éviter le mot « terroriste » car ils ne vont pas comprendre (sauf pour les plus grands), leur parler, se recueillir ensemble avec une bougie ou un dessin, mettre des mots « simples », mais qu’on est capable d’expliquer clairement, leur dire qu’on a le droit d’être triste, de pleurer. Pour une bonne réponse, il faut penser: QUI? OU? POURQUOI? (et le COMMENT? en fonction de leur âge).

Si vos enfants sont en âge d’avoir accès à Internet et surtout aux réseaux sociaux, il vous faut être prudent. Les réseaux sociaux font circuler des images terrifiantes, mais aussi des rumeurs, des faits pointés du doigt par des groupes extrémistes et politiques, je le sais, je suis sur les réseaux sociaux, et même sans chercher à voir, il suffit d’un « like » d’un de vos contacts pour voir ces publications dans votre fil d’actualité ou time line. Il est d’autant plus important de parler avec eux, surtout qu’ils ont du voir passer avant, des images des migrants, l’attaque à Charlie Hebdo, ce qu’il se passe au Nigeria ou au Proche et Moyen-Orient.  On ne diffuse pas que des épisodes des Bisounours sur Twitter, Facebook ou Instagram, des vautours se délectent de l’horreur, juste pour créer du « buzz ».

Voici quelques documentaires qui pourront vous aider, mais beaucoup d’albums pour enfants sont très bien fait pour expliquer l’histoire, la différence, la religion, la guerre. N’hésitez pas à aller en librairie.

Et je vais vous parler de moi, enfant, car je me souviens parfaitement de mes émotions. Je ne suis pas « psy », ni « experte », mais avec mes souvenirs remplis d’innocence, peut-être que vous comprendrez ce que moi à l’époque, j’avais compris.

HUMAIN:

Quand j’étais enfant, je pensais que le monde entier parlait français, sauf dans les chansons. La musique était pour moi le seul moment où on parlait une autre langue (le fameux yaourt sur Michael Jackson). Je pensais que tout le monde se comprenait, qu’on était tous à peu près pareil, jusqu’en 6ème où j’ai commencé l’anglais.

DIFFERENCE:

A 8 ans, je regardais des films sur l’esclavage et sur la shoah (j’étais surement trop jeune mais j’insistais, je voulais les regarder). J’avais compris qu’avant, on maltraitait et on faisait du mal à des personnes car elles étaient différentes (peau, religion). Concernant la Shoah, ma mère m’a tout simplement expliqué ce qu’était un juif et qui étaient les nazis avec des mots très simples (oui car physiquement, je ne comprenais pas en quoi ils étaient différents (comparé aux esclaves de « Nord et Sud »): « tu vois, les nazis voulaient que tout le monde soit blonds aux yeux bleus comme eux, ils détestaient les juifs car ils étaient différents, de par leur religion et parce qu’ils n’étaient pas blonds aux yeux bleus comme eux ». Alors, je comprenais l’horreur, que des enfants comme moi avaient été tués car ils étaient différents.

Alors ce n’est peut-être (ou surement) pas la bonne méthode, mais avec moi, ça marchait car j’ai une imagination débordante. Ma mère n’a pas fait de hautes études, bien au contraire, mais elle a su m’expliquer avec des mots simples et répondre à mes questions. J’ai été angoissée, je peux le dire, mais je savais déjà que je ne ferais pas de mal à quelqu’un car il était différent, car j’étais et suis moi-même différente d’un autre.

RELIGION:

Ma mère m’a vite-fait expliqué la religion; je ne viens pas d’une famille religieuse. Le reste, ma curiosité et la lecture m’ont aidé. J’ai vite compris en lisant un simple dictionnaire (les éditions rouges Larousse des années 80) qu’au final, la religion c’est « aimer un être supérieur » (Et non, Justin Bieber n’est pas un dieu) et que c’est le même, mais que les façons de l’aimer sont tout simplement différentes (langues, rites). J’avais 10 ans.

GUERRE:

La Guerre. Ce mot est employé aujourd’hui, il est anxiogène pour les enfants car ils vont s’imaginer que leur père va partir au Front, que des méchants vont venir chez eux les tuer ou faire du mal à leur famille. Il faut leur expliquer pour les aider.

J’ai eu « la chance » d’être née dans les années 80, j’ai côtoyé des personnes ayant vécu la Première Guerre Mondiale (les « papys » de l’époque), mais surtout la Seconde. Ils m’ont raconté la Résistance, la faim, l’exode, les bombes, les victimes, les camps… J’ai connu le cinquantenaire de la Libération avec ces gens. Je suis allée dans les Musées, dans les mémoriaux. J’ai compris car on m’a aidé à comprendre (école, lecture, films, récits d’adultes).

Mais c’était « le passé », ça ne pouvait plus arriver! Sauf qu’à 10 ans, j’ai « connu » l’angoisse d’une enfant car il y avait la guerre, mes copains à l’école en parlaient « c’est la guerre! » (Guerre du Golfe). Alors je revivais ce qu’on m’avait raconté, on allait avoir faim, froid, on allait vivre dehors, on allait devoir se cacher, on allait être tué, ma mère avait beau me dire que c’était loin, j’avais peur. L’Allemagne, c’était loin aussi. Mon instituteur nous a tout simplement expliqué avec des cartes, avec des mots simples. A 10 ans, j’avais besoin de « visuels » en plus des mots.

ARMES, BOMBES ET CIE:

J’ai vite compris que ça faisait du mal. Quand j’étais enfant, un voisin polonais avait vécu la guerre et ses horreurs. Mon frère jouait avec un pistolet-mitraillette comme tous les enfants de 6 ans. Mon voisin est sorti en hurlant avec une fourche, il a été retenu par sa mère qui lui hurlait que c’était un jouet. Ma mère nous a expliqué pourquoi il avait réagi comme ça, alors on ne jouait plus « à la guerre ».

Les armes engendrent la violence, le traumatisme. Aujourd’hui, j’ai pris le parti de ne pas laisser d’armes en jouet à mon enfant. Le monde est assez violent comme ça.

MORT:

La mort fascine. Pourquoi? Car c’est abstrait. On fantasme sur la vie après la mort, il y aussi les histoires de fantômes, de vampires. Quand on a 8 ans, on perd son chat, on pleure car il ne bouge plus, on l’enterre, mais on ne fait pas le lien avec l’humain (enfin du moins, JE n’ai pas fait le lien). On imagine que pour la mort, le corps revient et que l’être vit dans un autre monde. On fantasme. On a tous vu « Ghost ». Et un jour j’ai compris que le corps ne revenait pas, qu’il se dégradait, en regardant tout simplement « Indiana Jones et la dernière croisade » (j’avoue ne pas avoir les meilleures références du monde) et la scène où le méchant en se « trompant » de Graal appelle la mort et on voit la « dégradation » du corps en accéléré. J’ai pleuré, mais j’ai compris, que non le corps ne peut pas revenir. Je n’entre pas dans le débat de l’esprit car à chacun ses croyances ou non, je n’ai pas envie d’étaler les miennes car ce n’est pas le but ni de mon blog, ni de cet article.

PEUR:

Un enfant a peur. La peur fait parti de la vie. On a peur des sorcières, des loups, mais on se sent vite en danger, même si on est « casse-cou ». Alors à nous de les aider à se sentir en sécurité, en leur disant qu’on est là pour les protéger.

Aujourd’hui, malgré la peur, je dois ne pas la faire sentir à mon enfant. J’ai de « la chance », elle n’a que 2 ans. Je n’ai pas à lui expliquer et j’espère du fond de mon âme, ne jamais à avoir lui expliquer dans les mêmes circonstances.

Je souhaite donc bon courage aux autres parents, aux instituteurs, aux adultes tout simplement car c’est à nous de montrer l’exemple pour l’avenir. Et je pense surtout à ces mères qui ont perdu un enfant dans les derniers évènements, à ces pères, à ces frères, à ces sœurs, à ces amis, à ceux qui ont vécus l’horreur…

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Une réflexion sur “Nous, parents, forgeons l’avenir avec nos enfants

  1. Pas évident d’expliquer cette horreur que la France vient de vivre à nos bambins.
    Certains parents préfèrent ne rien dire à leurs enfants, ici, nous avons de suite voulu poser des mots sur cette tragédie. Je ne voulais pas qu’ils apprennent ça n’importe comment…. Par leurs amis…. A l’école…. La télé…..
    On a expliqué tout ça en gros à mon mini nain, un peu plus pour la naine et bien entendu avec bien plus de détails pour le grand.
    Mini nain n’a pas vraiment tilté ce qu’il se passait. Ca lui passe au dessus de la tête…. Trop petit….
    Le grand a été choqué de voir la bêtise humaine détruire des vies, mais est vite reparti dans la lune.
    Par contre la naine m’a dit avoir pleuré en classe lorsque son maître à parler de tout ça. Déjà qu’elle s’était réveillée suite à un cauchemar cette nuit…. Je sens que ça va être plus difficile avec elle….. Elle réalise que la mort peut frapper n’importe comment, n’importe où….

    Qu’allons nous laisser à nos enfants quand nous ne serons plus là….. Dans quel monde vont ils vivre……

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